16/04/2014

HÔTELLERIE – PARIS : LE LUTETIA EN RÉNOVATION POUR 3 ANS !

Logo Lutetia

 

Après le Plaza Athénée, le Crillon ou encore le Ritz, l’hôtellerie parisienne de luxe poursuit sa remise à jour avec le Lutetia. L’hôtel historique de la Rive Gauche de la capitale a fermé ses portes aujourd’hui pour entamer des travaux de rénovation d’une durée de 36 mois. A l’issue de sa réfection totale, l’établissement rejoindra la collection d’hôtels de luxe "The Set", dont font déjà partie Le Café Royal de Londres et le Conservatorium d’Amsterdam.

                             The Lutetia hotel

La métamorphose du Lutetia a été confiée au cabinet d’architecture français de Jean-Michel Wilmotte, déjà en charge de la rénovation du Crillon, dont l’objectif est d’apporter un design contemporain tout en préservant le patrimoine de l’établissement. "Il était essentiel pour notre collection d’hôtels de faire appel à un architecte français ayant une bonne connaissance de la ville de Paris et ayant déjà travaillé dans des lieux patrimoniaux, car chaque hôtel de notre collection est ancré dans l’histoire et la culture de son environnement", a déclaré Geargi Akirov de The Set Hotels.

Plusieurs transformations majeures seront effectuées au cours des trois prochaines années, comme l’agrandissement de la brasserie pour atteindre les 240 couverts, la création d’un patio au centre de l’hôtel, le retrait de 40 chambres au profit de suites plus vastes, et l’ajout de services supplémentaires tels qu’un spa de 700 mètres carrés et d’un Jazz Club (résultant de la métamorphose de l’actuel salon Borghèse).

Anciennement opéré sous enseigne Concorde, l’établissement avait été racheté en 2010 au Groupe du Louvre, alors filiale du fonds d’investissement Starwood Capital, par le groupe israélien Alrov, pour un montant estimé à 154 millions d’euros.

Un lieu chargé d’ histoire

Emblématique hôtel art nouveau construit à l’initiative de Aristide et Marguerite Boucicaut, les créateurs du Bon Marché (situé à quelques minutes à pied), le bâtiment de sept étages et 231 chambres a marqué la grande et la petite histoire. L’ensemble des façades et des toitures (dont les sculptures de Paul Belmondo, père de Jean-Paul), ainsi que les halls, plusieurs salons et escaliers, sont d’ailleurs inscrits depuis 2007 aux monuments historiques. Cliquez ici pour une promenade virtuelle dans le palace grâce à Google Street View.

Dès juin 1940 et l’occupation de Paris, le service de contre-espionnage de l’armée allemande, l’Abwehr, en fit son quartier général. Mais l’établissement fut surtout le lieu où les déportés français sont rentrés, de juin à septembre 1945, après un long périple à travers l’Europe. "En principe, ils avaient droit à 48 heures de séjour. Mais bien souvent, ils restaient plus longtemps. Aussi bizarre que cela puisse paraître, tous n’avaient pas hâte de rentrer chez eux", écrivait en 2004 une volontaire de ce centre d’accueil. "Tant qu’ils étaient au Lutetia, ils étaient ensemble, en somme en pays de connaissance".

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Situé dans le quartier des maisons d’éditions de Paris, le Lutetia a été avant guerre l’hôtel des figures prestigieuses du monde littéraire. Le romancier et poète irlandais James Joyce, les Français Antoine de Saint-Exupéry, Roger Martin du Gard ou André Gide notamment y ont séjourné. "Après la guerre, c’était un peu différend, dit à l’AFP l’écrivain Pierre Assouline, qui a consacré un roman à l’hôtel, parce que les écrivains avaient moins les moyens d’y habiter mais c’est resté l’hôtel littéraire par excellence parce que le bar du Lutetia n’a jamais cessé, jusqu’à samedi soir, d’être un lieu de rendez-vous des écrivains et des éditeurs."

Rive gauche, l’hôtel Lutetia sera aussi le théâtre de quelques moments d’histoire de la politique française. À en croire le site de l’hôtel, le général de Gaulle y descendit pour sa nuit de noce en 1921. C’est aussi le lieu choisi par François Mitterrand en 1965 pour lancer sa candidature à l’élection présidentielle face au général (élection remportée en décembre 1965 par le président sortant, avec 55,20% des voix contre 44,80% pour le candidat unique de la gauche).

Quatre ans plus tard, c’est aussi au Lutetia que Michel Rocard accepte l’investiture du PSU (Parti socialiste unifié) pour l’élection présidentielle organisée après la démission de Charles de Gaulle et remportée par Georges Pompidou (Michel Rocard avait recueilli seulement 3,61% des suffrages).

Bien plus tard, en 1998, c’est le Lutetia que choisiront une vingtaine de chômeurs pour une occupation symbolique d’une nuit à l’issue d’une manifestation. C’est là aussi que la famille d’Ingrid Betancourt donna une conférence de presse en 2008 pour demander la libération de l’otage de la guérilla colombienne et insister sur la dégradation de son état de santé.

En novembre dernier, un couple de 86 ans s’est suicidé dans une chambre de l’établissement après y avoir passé sa dernière nuit. Étendus sur un lit, ils avaient, selon la police, un sac plastique sur la tête et se tenaient la main.

Un jardin d’hiver remplacera le bar

La cure de jouvence du Lutetia sera menée sous la direction de l’architecte Jean-Michel Wilmotte (qui a déjà œuvré à l’Hôtel Mandarin Oriental). Ni chambardement ni révolution, la rénovation -dont le projet architectural est tenu secret- devrait surtout consister en un gigantesque rafraîchissement, indique Jean-Luc Cousty, le directeur de l’établissement. Un jardin d’hiver remplacera le bar, les chambres et les suites seront agrandies et modernisées, tandis qu’une piscine de 18m de long sera créée au premier sous-sol, précise France 3. Le tout grâce à une enveloppe entre 80 et 100 millons d’euros, estime Jean-Luc Cousty, cite par Le Parisien.

LUT_COUSTY_1_0

Quant aux collections de l’établissement, dont une centaine d’œuvres d’art réalisées sur place et 8000 bouteilles de vins et de spiritueux, doivent êtres vendues aux enchères fin mai. La vente, dont la catalogue n’a pas encore été dévoilé, est organisée par Pierre Bergé & Associés. Ce n’est pas un hasard: le compagnon d’Yves Saint-Laurent a vécu plusieurs années dans l’hôtel de luxe.

 

211 ombres viennent toutefois ternir le tableau. 211, comme le nombre de salariés de l’hôtel. La majorité devraient retrouver leur emploi à l’issue des travaux. En attendant, ceux qui n’ont pas accepté un départ volontaire sont répartis dans d’autres hôtels parisiens. Fin 2013, une série de grèves a été menée par les salariés pour dénoncer le plan de sauvegarde de l’emploi proposé par la direction et qui contester la réalité du motif "économique" des licenciements. Le tribunal administratif doit rendre son jugement le 14 mai.

Venez nous retrouver sur notre nouveau site    actualitesvoyages.wordpress.com 

Les commentaires sont fermés.