14/04/2014

POUR NE PAS FINIR COMME ALITALIA, 8 SYNDICATS LANCENT UN APPEL À L’AIDE À MANUEL VALLS

Dans une lettre ouverte envoyée au Premier ministre, un collectif de 8 syndicats du transport aérien dénonce une "concurrence faussée" en raison du poids des charges qui pèse en France sur le secteur, et réclame des "mesures urgentes" pour améliorer la compétitivité des compagnies tricolores. Ils préviennent que "les salariés sont excédés de subir la concurrence inéquitable qui ruine une partie de leurs efforts".

             

La scène peut surprendre. Mais en dit long sur le ras-le-bol du personnel des compagnies aériennes françaises, déficitaires pour la majorité d’entre elles, en particulier Air France dans le rouge depuis 6 ans.

Compétitivité

Huit syndicats du transport aérien représentant les trois catégories de personnel (pilotes, hôtesses et stewards, personnels au sol), qui, au sein d’Air France se regardent habituellement en chiens de faïence, font aujourd’hui cause commune pour exiger du gouvernement, mais des mesures pour améliorer la compétitivité des compagnies tricolores. Autrement dit qu’il cesse de les taxer à outrance et qu’il mette fin à une situation de "concurrence déloyale" émanant des compagnies à bas coûts européennes, du Golfe et du TGV.

"Les enjeux sont énormes pour la France. Si rien n’est fait, Air France peut disparaître (…) nous ne voulons pas nous retrouver dans la situation d’Alitalia ou de celle d’Air France en 1993 (au bord de la faillite, la compagnie avait été sauvée par une recapitalisation de 3 milliards d’euros de l’Etat en 1994)", a déclaré vendredi devant l’association des journalistes professionnels (AJPAE) Pascal Mathieu, administrateur salarié d’Air France.  "Il faudra s’adapter. Mais si tous nos efforts sont invisibles ou fortement modérés par la hausse des charges, on risque de se retrouver dans la même situation qu’en1993. Les salariés n’en peuvent plus", a-t-il ajouté.

"Nous sommes tous d’accord pour qu’il y ait une remise en cause de nos accords, a renchéri à ses côtés Geoffroy Bouvet, président de l’APNA (association des professionnels navigants de l’aviation), mais remettons d’abord tout à plat".

Salariés excédés

Dans une lettre ouverte envoyée jeudi au Premier ministre Manuel Valls, le collectif (CFDT-CFTC-CFE/CGC-FO-UNAC-UNSA, SNPL et SNPNC) dénonce donc une "concurrence faussée et réclame des "mesures urgentes" car "les salariés sont excédés de subir la concurrence inéquitable qui ruine une partie de leurs efforts".

"Nous voulons des règles plus loyales et un arbitre pour les faire respecter", a renchéri Geoffroy Bouvet, rappelant que si Air France-KLM était basé aux Pays-Bas, le groupe économiserait 700 millions d’euros.

Les griefs sont nombreux : la taxe Chirac (de solidarité pour lutter contre les pandémies dans les pays pauvres) que la France est l’un des rares pays à appliquer et qui a augmenté de 12% le 1er avril ; les coûts de la sûreté ; les redevances d’Aéroports de Paris (dans lequel l’Etat est majoritaire) qui, "depuis 2006 augmentent plus vite" qu’un bon nombre de ses pairs; les subventions attribuées par certaines régions à des compagnies low-cost, les droits de trafic accordés aux compagnies du Golfe en "contrepartie de contrats d’achats" d’Airbus….

La bonne nouvelle de Jouyet à l’Elysée

Le cri d’alarme n’est pas nouveau. Il y a 10 ans, les anciens dirigeants d’Air France-KLM (Jean-Cyril Spinetta, Pierre-Henri Gourgeon) tenaient le même discours. Aujourd’hui les associations professionnelles, la Fnam (fédération nationale de l’aviation marchande) et le Scara (syndicats des compagnies aériennes autonomes) ne font pas autre chose. En revanche la direction d’Air France a calmé le jeu, du moins publiquement. Selon les syndicats, elle était hostile à l’action de ce collectif.

S’ils jugent la politique de transport aérien de l’Etat "déroutante", les syndicats comptent sur l’arrivée à l’Elysée de Jean-Pierre Jouyet comme secrétaire général. Ce dernier a, en effet, été dans le passé administrateur d’Air France et connaît bien la problématique de ce secteur.

Néanmoins, le niveau de charges (également très élevé chez nos voisins) ou l’octroi de droits de trafic aux compagnies du Golfe ne peuvent évidemment pas expliquer à eux seuls la situation d’Air France, qui a perdu plus de deux milliards d’euros en six ans. Air France s’est retrouvée acculée car elle est entrée la plus mal préparée dans la crise en 2009, et une fois dans la crise, a tardé à prendre des mesures à la hauteur de l’enjeu. Direction et syndicats ont tous deux leur part de responsabilité. 

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