04/04/2014

DESTINATION CANADA : À CHACUN SA CABANE À SUCRE

                                         ph1999-1266

Salle à manger immense, buffet tiède, oreilles de Christ molles et fades… un repas de cabane à sucre s’avère parfois aussi coûteux que décevant. Mais de plus en plus d’établissements renouent avec la cabane d’antan, petite, rustique, qui propose une cuisine familiale, préparée sur place. Vous cherchez ce genre de cabane? Voici trois suggestions.

 

La raffinée: la cabane à sucre de l’auberge Handfield

97c5f1f091cec3d18e3c77729f1288161390858037_pages_home_big_promo_zone

À 40 minutes de Montréal se trouve une cabane qui marie tradition et raffinement, dans une région où les bonnes adresses côtoient de gros établissements plus «commerciaux», des cabanes où la quantité et le divertissement sont mis de l’avant, parfois au détriment de la qualité. Malgré des salles spacieuses pouvant accueillir des centaines de personnes, la cabane à sucre de l’auberge Handfield, à Saint-Marc-sur-Richelieu, réussit à livrer une expérience traditionnelle en misant sur une nourriture de qualité.

La cabane à sucre fait partie du centre de villégiature géré par la famille Handfield. La cabane, ouverte depuis 1973, a été construite sur une érablière centenaire de 42 acres et compte sur plus de 2000 entailles d’érables. Les clients profitent de deux grandes salles et d’une plus petite décorées avec du bois de grange, des bancs d’églises récupérés, un vieux piano et des attelages de chevaux.

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, la cabane à sucre de l’auberge Handfield n’est pas directement annexée à l’auberge du même nom. Elle est située dans un rang, presque 6 km plus loin, au bout d’un sentier dans le bois, en retrait de la route. Le terrain se poursuit sur un kilomètre de long, et les clients peuvent s’y promener à pied ou faire une balade en carriole.

handfliedd

Pour Louis-Robert Handfield, copropriétaire, l’ingrédient essentiel pour une bonne cabane à sucre est avant tout d’offrir du vrai sirop. «C’est l’évidence, mais on retrouve sur les tables malheureusement trop de sirop d’érable coupé avec du sirop de maïs. Ici, on s’engage à offrir les aliments les plus frais possible. Le jambon a été préparé aujourd’hui même. Chaque omelette est faite à la minute.»

Ici, pas de petites saucisses Hygrade trempées dans le sirop, mais plutôt des saucisses de porc à l’érable. On sert du jambon à l’os qui s’effiloche sans retenue. La soupe aux pois est préparée avec un fond de jambon fumé. Du ragoût de boulettes, une nouveauté cette année, ainsi que de la tourtière sont proposés dans le menu à volonté. Outre l’incontournable tarte au sucre, l’assiette de dessert comporte des galettes de sarrasin, des crêpes, des tartelettes au sirop et une variante de pouding chômeur. Un violoniste et un guitariste animent le repas.

Louis-Robert Handfield, qui a entre autres travaillé 10 ans en Asie et une autre dizaine d’années à Montréal dans l’hôtellerie avant de se joindre à l’entreprise familiale, croit qu’il est possible d’innover sans sacrifier l’esprit authentique qu’on attend d’une cabane à sucre. «Mon frère Pierre croit à l’importance des traditions. Moi aussi, mais j’aime amener de nouvelles idées, je me demande constamment comment on peut améliorer notre menu. Ce n’est pas toujours facile à négocier en cuisine. C’est un équilibre délicat.»

Son seul regret? Les quelques maisons qui se sont construites en bordure du terrain de la cabane, visibles au travers des arbres dénudés. «Ce n’était que du bois avant, elles sont arrivées par la suite!»

> 555, rue Richelieu, Saint-Marc-sur-Richelieu

aubergehandfield.com

Avec des enfants: la P’tite cabane d’la côte

PC0

Nous sommes à la veille du printemps et il fait aussi froid qu’à la veille de Noël. Dans sa grange, Simon Bernard nous explique de sa voix rauque que le printemps tarde à pointer le bout de son nez et c’est pourquoi l’évaporateur n’est pas en marche. Les barils vides attendent de se faire remplir de sirop. Si l’hiver vous semble interminable cette année, il n’épargne pas les acériculteurs comme M. Bernard, qui doivent composer avec une production qui tarde à démarrer. C’est l’ensemble du Québec qui attend le dégel. Mais le froid ne freine pas les clients, qui sont au rendez-vous malgré le froid.

Si Simon Bernard est inquiet, il le laisse peu paraître. Le trentenaire au regard espiègle nous parle de sa cabane à sucre, la P’tite cabane d’la côte à Mirabel, avec enthousiasme et humour. Une cabane achetée de ses parents avec sa conjointe Mylène Deschamps, il y a environ six ans. Le couple a perpétué la tradition familiale de miser sur une expérience culinaire authentique. «Toute la nourriture est faite sur place», dit Mylène Deschamps. Après avoir acquis la cabane, le couple a ajouté des visites pour les enfants et reçoit plusieurs groupes en semaine, dont des groupes de nouveaux arrivants qui apprennent le français. Les petits ont droit à une visite de l’érablière et à un spectacle.

PC23

Les enfants arrivent avant le service du midi. «J’enfile mon casque de poil, j’accueille les enfants et c’est parti pour ben du plaisir», raconte l’animateur Stéphane. Les enfants monopolisent l’une des trois salles et mangent en retrait du reste de la clientèle, dirigée pour sa part vers la verrière, dans un environnement plus intime, mais non sans ambiance.

Le client trouve sur sa table le repas traditionnel de cabane à sucre, de l’omelette soufflée aux fèves au lard. Pas de cretons au menu, mais une tartelette-tourtière faite main. Et des grands-pères dans le sirop, un dessert qu’on ne trouve pas dans toutes les cabanes, parce qu’il faut beaucoup de sirop pour les préparer. Une nourriture appréciée par les convives qui ont partagé notre table. «C’est très bon. On aime le rituel de la cabane à sucre même si, pour être franc, je trouve qu’elles se ressemblent toutes un peu», affirme Jonathan Piché, un Montréalais de 31 ans venu avec sa famille. Son ami Shawn acquiesce et nuance: «Oui, mais la nourriture ici est la meilleure que j’ai mangée jusqu’à présent.»

«Nous avons des gens qui viennent ici et qui nous avouent se réconcilier avec la cabane à sucre», dit Simon Bernard. Sa conjointe donne l’exemple d’une enseignante qui, à la suite de repas décevants dans plusieurs cabanes à sucre, était ravie d’avoir mangé ici.

«L’important, c’est de respecter les traditions. Je n’ai pas besoin d’installer des machines à bonbons, des glissades ou une grande roue. Ça ne nous intéresse pas. Si les gens viennent chez nous, c’est avant tout pour une nourriture de qualité», nous explique Mylène Deschamps qui a payé ses études universitaires en travaillant pendant des années dans la cabane à sucre de ses beaux-parents, avant d’en devenir copropriétaire.

petite-cabane.com

La bio: la cabane à sucre de la ferme du Crépuscule

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Des cabanes à sucre biologiques, il n’y en a pas des tonnes. La ferme du Crépuscule, à Yamachiche, est l’une des rares (sinon la seule) à offrir dans son menu des aliments certifiés bios.

C’est après une heure et demie de route dans la tempête printanière qu’on a rejoint la ferme. En entrant dans la cabane, on aperçoit aussitôt un immense poêle à bois qui date de 1917 qui, on l’espère, réchauffera la pièce. Ceux qui cherchent une cabane à sucre à l’atmosphère intime seront bien servis: il n’y a que six tables, pour accueillir un maximum de 60 personnes. Des coupures de vieux journaux et des photos des années 80 ornent les murs et les tables pour évoquer des moments marquants dans la région. L’homme derrière les fourneaux, c’est Jean-Pierre Clavet, celui qui revêt à la fois le chapeau de propriétaire, de fermier et de cuisinier. C’est après avoir passé une vingtaine d’années dans la marine marchande qu’il a acheté son premier lot de terre, en 1990, et qu’il s’est lancé dans l’élevage biologique. «Mon expérience sur les navires m’a sensibilisé à la pollution et c’est pourquoi je suis devenu très conscientisé par rapport à notre environnement, dit-il. J’ai voulu apporter du changement.»

1044313_628943740474904_1677628356_n

Avant le repas, il s’adresse directement aux clients et décrit brièvement le menu. Le prix demandé pour le repas est le plus élevé des cabanes testées, mais c’est le prix à payer pour profiter d’un repas entièrement bio. Au menu: jambon fumé à l’ancienne, oeufs dans le sirop, beurrées avec crème de soya, pains multigrains ou riz sarrasin sans gluten, soupe aux pois et beaucoup plus.

On aperçoit sur les murs des plans d’agrandissement, qui devraient doubler la capacité d’accueil de la cabane, avec, en plus, un espace pour des spectacles et un abattoir. «Tous les abattoirs de la région sont fermés, c’est devenu industrialisé. Quand j’ai demandé à un important abattoir s’il acceptait d’abattre 300 de mes poulets, ils ont eu peu ri de moi: ils en abattent 7000 à l’heure et ils auraient perdu mes poulets sur la chaîne. Je leur ai dit d’oublier ça», raconte M. Clavet.

Les convives ont ensuite rendez-vous à l’extérieur pour la tire sur la neige et pour une visite de la ferme. On visite le poulailler de poussins. Les quelque 1500 petits poussins de 8 jours y jouissent d’un pâturage libre. On est à mille lieues des poulaillers industriels qui regroupent des milliers de poulets entassés. Même chose pour le bovin, qui se trouve dans un enclos à l’extérieur.

Jean-Pierre Calvet prend le temps d’expliquer le fonctionnement de sa ferme et les sacrifices qu’il implique. «Je crois vraiment en ce que je fais, dit-il. Ça prend de la passion. Il n’y a aucune raison financière pour faire de l’élevage biologique. Aucune. Si tu veux faire de la petite agriculture, il faut que tu te lèves de bonne heure. Je suis endetté pour les trois prochaines vies.»

fermelecrepuscule.com

              Venez nous retrouver sur notre nouveau site    actualitesvoyages.wordpress.com 

Les commentaires sont fermés.