19/01/2014

Thaïlande - la situation après des semaines d'incertitude politique.

Actualités Voyages publie l'intégralité de l'excellent article de Philippe Plenacoste paru dans Gavroche. Un article d'espérance légitime en l'avenir sur fond d'inquiétude et d'incertitude sur l'avenir politique d'un pays phare du tourisme mondial. Le 5 décembre dernier, le roi, dont les allocutions publiques se font très rares, a appelé les Thaïlandais à rester « unis » pour la « stabilité et la sécurité du pays ». Un message bref mais lourd de sens d’un monarque vénéré qui observe, avec sûrement beaucoup de tristesse et d’amertume, son royaume se déchirer. Cette nouvelle crise politique à l’issue inquiétante entre deux « clans » engagés dans une guerre de pouvoir semble, cette fois, ne plus connaître de limites. L’un où l’autre doit perdre. Quel que soit le moyen utilisé. Quel que soit le prix à payer. En des temps plus féodaux, le conflit se serait réglé en croisant le fer et en massacrant l’ennemi. Aujourd’hui, la rhétorique, la démagogie, l’argent, le populisme, sur fond de démocratie, réelle ou abstraite, ont remplacé l’épée. Mais pour combien de temps ?

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Le rempart que forment la monarchie et son gardien, l’armée, continuera-t-il d’être suffisamment dissuasif pour éviter que les graines de la discorde et de la haine, semées par les leaders politiques du pays depuis huit ans que dure ce conflit, ne déclenchent une guerre civile ? La rupture idéologique, géographique et sociale est-elle irréversible ? On voudrait croire que non. On voudrait croire que cette rupture ne soit que politique. Qu’elle puisse être résorbée par un processus rationnel qui veut, en démocratie, que le peuple tranche l’issue d’un conflit par un vote. On voudrait croire que le pays ne s’est pas enfermé dans cette dangereuse réthorique qui divise le peuple en « khon di » (les bonnes personnes) et « khon lew » (les mauvaises).

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On voudrait croire que ce conflit ne soit pas l’aboutissement d’une « démocratie féodale » qui régit la vie et la place dans la société de chaque Thaïlandais depuis sa naissance, et dans lequel celui qui ne possède pas écoute et sert celui qui possède. On voudrait croire que l’éveil des classes moyennes à la politique soit le ciment fondateur d’un autre ordre. On voudrait croire que derrière les larmes et la résistance de Yingluck, derrière les discours enflammés et l’euphorie quasi messianique de Suthep, derrière tous ces acteurs, ces miroirs sans tain, ces masques sans visage, ces manifestants, cette diabolisation de l’adversaire, chaque clan place les valeurs fondamentales de la démocratie au coeur de ses préoccupations et de son programme politique. On voudrait croire que Thaksin, Suthep et les autres incarnent ces valeurs qui portent un pays vers la sérénité et la paix sociale. On voudrait croire que les réformes nécessaires à la fondation de cette démocratie « honnête » puissent être décidées, et adoptées, par tous et dans l’intérêt de tous. On voudrait croire que ce tournant politique de l’histoire du royaume n’est pas seulement une guerre de pouvoir entre un Ordre établi et un autre qui reste à établir. On voudrait y croire…

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