30/11/2013

Thaïlande, manifestations : quelle sortie de crise ?

Suthep, Le leader de l’auto-proclamée « révolution du peuple », est toujours retranché avec ses partisans dans un complexe administratif de Bangkok. Les manifestants contrôlent plusieurs ministères et agences gouvernementales. Aucune violence n’est à déplorer.

             

La Première ministre Yingluck Shinawatra, cible de la fronde anti-gouvernementale, rejette pour le moment le recours à la force pour les déloger. Suthep Thaugsuban, l’un des cadres du Parti Démocrate, principal parti politique d‘opposition, ne veut pas négocier et a annoncé qu’il était « prêt à mourir sur le champ de bataille ».
Cet après-midi, deux groupes de manifestants emmenés par des leaders démocrates se sont dirigés vers le ministère de la Défense, gardé par deux escadrons de la police militaire, et le ministère de l’Education.


               


Un troisième groupe issu de la « Force démocratique du Peuple pour renverser le Thaksinisme » (PEFOT) a stationné pendant plusieurs heures devant le quartier général de la Police sur Rama 1, dont l’accès est protégé. Selon le MCOT, chaine de télévision publique, les manifestants ont réussi à couper l’électricité pendant deux heures.
A l’échelle du pays, plusieurs préfectures de grandes villes du Sud, fief des Démocrates, ont été investis par les opposants.
Abhisit, chef de file des Démocrates, qui avait appelé son parti à une réunion de crise urgente cet après-midi afin « d´évaluer la situation et les actions à venir » a confirmé leur intention de « faire tomber le système Thaksin ».

                                                     

Quelle sortie de crise ?
La question était ce matin au centre de toutes les débats La Première ministre, qui a survécu comme prévu à une motion de censure la nuit dernière, ne veut pas céder à la pression de la rue et refuse de démissionner ou de dissoudre le Parlement.
Elle a appelé les leaders des manifestations à négocier avec le gouvernement et rejette pour le moment toute intervention par la force.
Suthep, retranché dans un complexe gouvernemental suite au mandat d’arrêt dont il fait l’objet, rejette de son côté toute négociation.
Quelle option le gouvernement va-t-il choisir pour tenter de sortir de cette crise politique majeure et éviter un nouveau cycle de violences, tandis que les cercles d’affaires s’inquiètent des conséquences sur l’économie si la crise devait se prolonger ?
La première option, démissionner, n’est pas à l’ordre du jour.

                        

La cheffe du gouvernement n’est pas la seule visée par le mouvement de    rébellion qui cible l’ensemble du gouvernement et des députés de la majorité et, par delà, l’éradication du « Thaksinisme », de la corruption et des politiciens affairistes. Yingluck s’appuie également sur la légitimité démocratique de son gouvernement.
Dissoudre le Parlement et appeler à de nouvelles élections aurait le mérite d’apaiser les tensions à court terme. Mais Thaksin et les dirigeants du Pheu Thai refusent de donner à leurs adversaires une victoire politique obtenue par un coup de force, alors que le gouvernement actuel peut compter sur le soutien des campagnes et des classes défavorisées.
Une mobilisation des Chemises rouges, pour le moment « retenues » par leurs leaders mais qui commencent à s’impatienter, n’est pas à exclure du moment où le gouvernement est acculé par ses opposants ou jette l’éponge.
Répondre aux exigences de Suthep de créer une « assemblée du peuple » pour réformer le système politique corrompu et qui aurait le pouvoir de contrôler l’action du gouvernement à tous les nouveaux est qualifié de « ridicule » par la majorité, et de « fantaisiste » par de nombreux observateurs qui soulignent par ailleurs son principe anticonstitutionnel.



Avoir recours à la force pour déloger les manifestants qui tentent de paralyser l’appareil d’Etat pourrait être choisi du moment où les autres options ont échoué.
La capitale et sa proche banlieue sont placées sous l’Acte de Sécurité Intérieur, une loi qui permet aux forces de l’ordre d’interdire l’accès aux manifestants, comme c’est le cas aujourd’hui autour de la Maison du gouvernement et du Parlement, protégées par plus de cinq mille policiers anti-émeutes.
Mais le recours à la force pour rétablir l’ordre est une option qui fait peur, parce qu’elle est considérée comme un possible détonateur à des confrontations directes entre sympathisants des deux camps. A quelques jours des célébrations de l’anniversaire du roi, le gouvernement ne prendra pas ce risque.
Suthep, lui, a toutes les raisons d’intensifier la pression sur Yingluck sachant que cette dernière n’interviendra pas, du moins pour le moment. Les événements du passé ont montré que les conservateurs jouissaient d’une certaine immunité lorsqu’ils décidaient de paralyser l’exécutif fidèle à Thaksin.



Aucune autre démocratie ne permettrait à des civils de saisir des ministères et d’en bloquer les accès. Mais la Thaïlande n’est pas une démocratie comme les autres, comme on a pu le constater fin 2008 lors de l’occupation des deux aéroports de Bangkok par les Chemises jaunes du PAD. L’armée, appelée à la rescousse par le gouvernement pro-Thaksin de l’époque, avait refusé d’intervenir, laissant des centaines de milliers de passagers sur le carreau et coupant le pays du reste du monde pendant une semaine, avant qu’une Cour n’ordonne la dissolution du parti au pouvoir.
Enfin, les proches du Palais, qui ont une grande influence sur les Démocrates, pourraient inciter les cadres du parti à revenir à des négociations avec le gouvernement dans les intérêts supérieurs du pays.
De toute évidence, l’armée, en retrait, n’interviendrait qu’en cas de risque de guerre civile.

Article de Philippe Plénacoste - gavroche-thailande.

Les commentaires sont fermés.