02/12/2013

EuroDisney : Résultats cauchemardesques pour 2013

EuroDisney a annoncé ses résultats pour l’exercice 2012-2013 et la perte est encore et toujours au rendez-vous. Certes le naïf, comparant le résultat à celui de l’an dernier, pourra conclure à une amélioration de 22 millions… Amélioration fictive puisque l’an dernier EuroDisney avait passé une charge exceptionnelle de 32 millions pour solder les opérations de reprise de dettes par la Walt Disney Company. C’est donc bien avec une perte de 10 millions supplémentaires que l’exercice s’est conclu.

Certes, cette année la crise a vraiment frappé de plein fouet la France qui représente 50% des visiteurs du parc. Comme les autres marchés n’ont pas non plus redémarré (Italie, Espagne, Benelux), les visiteurs se sont faits mécaniquement plus rares. C’est ainsi que plus d’un million d'entre eux ont été perdus sur l’exercice.
Si les dépenses moyennes continuent d’augmenter grâce aux hausses continues des billets et des séjours, cela ne suffit toujours pas à rapprocher les résultats de l’équilibre. Les charges sont en effet toujours trop lourdes pour espérer une quelconque embellie.

L’annonce de la reconduction du budget de 500 M€pour les rénovations et les investissements pour les 5 prochaines années laisse peu d’espoir en une baisse des charges sur les prochains exercices. Mais cette dépense est nécessaire, j’y reviendrai plus loin.

Néanmoins, le crédit d’impôt compétitivité emploi (CICE), qui a déjà rapporté 9 millions d’euros en 9 mois sur 2013 et rapportera donc encore plus en année pleine, devrait permettre de diminuer le coût des salaires sur 2014.
Plus inquiétant, l’opération du prince arabe venu fêter sa réussite aux examens a apporté un chiffre d’affaires non négligeable cette année. Même s’il revient en 2014, nul doute que la dépense sera moindre… 

L’avenir n’est donc pas rose pour le resort parisien. Et même si la direction place énormément d’attentes dans la nouvelle attraction Ratatouille, elle ne pourra au mieux qu’apporter une légère amélioration. D’un point de vue calendaire déjà, elle n’arrivera pas avant juillet, soit uniquement au T4. Pire, elle va apporter son lot de charges avec le personnel de l’attraction et celui du restaurant. Il faudra donc déjà que le restaurant soit rentable avant toute chose. Ensuite, pour faire connaître l’attraction, des dépenses marketing vont devoir être mises en place. Lorsque l’on sait que ces mêmes dépenses représentent déjà 10% du chiffre d’affaires, il faut espérer que les budgets vont être redistribués et qu’une nouvelle ligne ne sera pas spécifiquement ouverte pour cela…

La dette ayant été « gelée », les intérêts, même à un taux plus bas, continuent de courir ce qui signifie que cette situation ne pourra perdurer au-delà des 5 ans. Et l’on s’aperçoit au détour des résultats 2013 que l’opération 2012 n’a rien changé à la perte si ce n’est à la marge. Surtout que l’arrêt des reports de paiements à la Walt Disney Company grève sérieusement la trésorerie, ce qui à terme pourrait avoir des conséquences sur la gestion au quotidien.

Je vous invite néanmoins à jeter un œil aux chiffres annuels pour voir ce qu’est un bilan catastrophique qui ferait fuir les banquiers et les fournisseurs à 100 kilomètres si ce n’était pas le mastodonte Eurodisney.
Les chiffres parlent d’eux-mêmes : la gestion n’est pas bonne.

Mais une fois n’est pas coutume je vais me faire l’avocat de Philippe Gas. Sa responsabilité n’est pas totale. Sans revenir sur son manque évident de liberté d’agir et son éternelle complaisance pour des résultats médiocres, il est obligé de subir les erreurs passées. Il a toujours essayé de les masquer mais la réalité l’a rattrapé. Plusieurs exemples :

Les hôtels
Quelle société raisonnable attendrait 20 ans avant de refaire son parc ? Il est clair que l’entretien des hôtels n’a jamais été la priorité des présidents précédents. A leur décharge, les finances ne se sont jamais prêtées aux grosses dépenses et le taux de remplissage plus que satisfaisant jusqu’à la présidence Holz ont servi de cache misère. Mr Gas a dû saisir le taureau par les cornes et planifier la réfection de tout le parc. Et cela coûte cher…

 La restauration

Mêmes causes, mêmes effets que pour les hôtels. La restauration n’a jamais été une priorité depuis Bourguignon. Pire, cela a été une variable d’ajustement, comme le parking, pour faire rentrer de la menue monnaie. Les hausses continues adossées aux baisses de qualité successives ont poussé de plus en plus de visiteurs à apporter leurs sandwichs ou à manger au Mc Donald’s de Disney Village.
La remise en état et la refonte des cartes nécessitent des investissements souvent lourds et Mourad Adli ne peut rien d’autre que ronger son frein et engager les fonds lorsqu’on les lui fournit.

Les parcs
L’entretien est un puits sans fond et finalement peu de visiteurs remarquent les « détails ». Cette constatation, beaucoup l’ont fait et en ont donc profité pour sabrer dans ces dépenses. Résultat, très rapidement le Parc Disneyland s’est dégradé puis cela été le tour des Walt Disney Studios. K. Holz, encore lui, a inversé la tendance, lassé de voir certains effets disparaître. Mais c’était déjà un peu tard. L’arrivée de la Tour de la Terreur a masqué le vieillissement du Resort. Et les travaux de rafraîchissement pour le 20ème anniversaire pourtant importants (du moins sur le plan financier) n’ont pas été encore suffisants. Les effets des attractions ne sont pas à 100% (et loin de là pour certaines) et si les taux de satisfaction remontent, ils le font visiblement lentement puisque la direction ne communique que sur celui de Disney Dreams !

Image



Dans le même temps, contrairement à ses affirmations officielles, la Walt Disney Company ne lui a pas fait beaucoup de cadeaux. Elle a rechigné à remettre au pot pour financer Ratatouille, entrainant le retard que l’on connaît, elle refuse de renégocier autrement qu’à la hausse ses prélèvements et au moment du rachat de la dette, elle a encore imposé ses conditions léonines.

Lorsque l’on rajoute la crise qui s’est installée durablement sur l’Europe de l’Ouest, principale origine des clients de Disneyland Paris, et les hausses des taxes, on peut dire que le président n’est pas arrivé au meilleur des moments…
Donc oui sa gestion n’est pas bonne et beaucoup de ses décisions ont été mauvaises. Mais ne lui faisons pas des épaules plus larges qu’elles ne le sont…

Pour revenir aux chiffres 2013, trois questions à Monsieur O. Lambert, responsable relations investisseurs :

Le 2ème trimestre est traditionnellement le point faible de l’activité de la société. Qu’êtes-vous en train de mettre en place pour y remédier ?

Nous réfléchissons à prolonger la période de Noël pour coller au Noël et au nouvel an russe et ainsi attirer une clientèle est-européenne. Enfin, des tests vont avoir lieu pour repasser à des micro « saisons » avec des périodes thématisées comme Pâques ou Mardi gras par exemple. Ce seront des périodes courtes autour d’un temps fort, d’un événement pour diversifier l’offre.

Comment seront financés les investissements de 2014, en particulier la reconstruction d’Indiana Jones ? Combien avez-vous budgétisé pour ceux-ci ?

Indiana Jones ne sera pas « reconstruit ». Il s’agit plutôt d’un « relifting » de l’attraction. Le montant ne sera donc pas comparable au coût d’une nouvelle attraction. Même si l’année 2014 paraît riche en investissements avec la fin du financement de Ratatouille, la rénovation de la moitié du Newport Bay Club et la poursuite des réhabilitations dans les parcs, le budget ne devrait pas sortir de la fourchette de ces dernières années, soit 100 – 150 Millions d’euros. Ces dépenses seront financées sur les fonds propres avec sans doute une utilisation de la ligne de crédits alloués par la Walt Disney Company.

Nous arrivons au bout des augmentations tarifaires, en particulier dans les hôtels qui ont vu leur tarif s’envoler ces dernières années. Comment comptez-vous inciter les visiteurs à augmenter leurs achats sur site ?

Nous allons poursuivre les augmentations tarifaires en fonction des rénovations comme cela a été fait précédemment pour le Ranch Davy Crockett et le Santa Fe par exemple.
Parallèlement, nous allons continuer à travailler sur le mix produits. Cela a commencé avec les produits du 20ème anniversaire qui étaient de meilleure qualité et plus chers que les produits précédents.
Ensuite, nous avons commencé à installer des produits exclusifs dans certaines boutiques comme le World of Disney afin que les visiteurs voient plus de produits et non plus une gamme uniforme d’une boutique à l’autre. Cela fonctionne assez bien au Village où les autres boutiques n’ont finalement été que peu pénalisées par l’arrivée du World of Disney car les objets présentés n’étaient pas les mêmes.
Cette différenciation va s’étendre dans les parcs.
La difficulté se situe plus au niveau des restaurants où il y a un vrai problème de volumes. Cela entraine des offres différentes selon les périodes, avec des fermetures ciblées afin d’économiser des coûts de fonctionnement. Mais cela entraine une baisse de la satisfaction visiteurs. Nous essayons de gérer au mieux cette situation afin d’avoir un maximum de restaurants ouverts... et rentables.

Article de Disney Gazette

Les commentaires sont fermés.